SNDA
Société Nationale pour la Défense des Animaux
"Au coeur de la dignité humaine, se trouve aussi la justice envers les animaux."
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Histoire d’un sauvetage : Henriette la bien aimée

Histoire d’un sauvetage : Henriette la bien aimée

Photo : Gros plan sur Henriette montée d'un coup de reins dans le camion, plus curieuse que craintive.

Des nouvelles d’Henriette





Henriette (voyez l’œil coquin !) est indépendante. Il a fallu lui mettre une clochette pour la retrouver le soir, avant le coucher. Elle a un appétit féroce. Frédéric Freund (OABA) donne régulièrement des nouvelles de notre vieille vache.


Photos prises en avril 2012


Mars 2009
J’écris pour le site Internet de la SNDA l’histoire d’Henriette la vieille vache de mes voisins fermiers.

Henriette, la vache Normande, est lâchée au pré après des mois passés à l’étable. Elle lève la tête, car elle aime le ballet des oiseaux dans le ciel. L’âge lui a appris qu’il fallait prendre le temps d’observer les choses de la nature. C’est une sage, Henriette, et d’une grande douceur. Elle est née à Villejaleix le 3 mars 1992, de Vitounette sa mère et de Tio son père. Elle goûte au plaisir de l’herbe tendre et attend la saison des dahlias. La bonne vieille vache adore mâcher tout ce qui est rouge. Et en particulier les dahlias ! C’est curieux mais c’est ainsi. Quelle gourmande ! Elle n’est jamais privée de rien. L’hiver, elle a du foin à volonté, de la paille (pour la potasse), des betteraves, des épluchures de pommes de terre/choux-rave/carottes, des aliments complémentaires (ceux pour les veaux, madame ne supportant qu’eux). Etonnez-vous qu’après elle soit en forme à 17 ans ! Elle a été maman de 7 garçons et de 4 filles.
Depuis 2002, Henriette couche à l’étable toutes les nuits pour ne pas prendre froid. Elle a des patrons qui la chouchoutent. Et pourtant, elle se montre coquine et têtue avec eux. Quand elle décide de passer sur la route, elle passe sur la route. Elle fait semblant d’attendre le Raymond et, dès qu’il approche, elle prend sa course jusqu’au fond du pré ou de la cour. Vévette réussit mieux à se faire obéir.

Mi mai 2010
Un matin, avec chagrin, j’apprends le décès de Vévette (infarctus). Beaucoup de perturbations à la ferme. Des larmes. Et le quotidien qui a du mal à reprendre un rythme normal. Raymond, un peu perdu qui assume ses tâches malgré tout.
Henriette sort tous les jours dans les champs et rentre la nuit à l’abri dans l’étable. Les autres animaux dont il faut aussi s’occuper : trois poules, plusieurs lapins, un vieux pigeon blessé, des chats, trois vaches et un veau.
Ainsi va la vie jusqu’au printemps 2011 où Raymond handicapé par un genou malade, décide de vendre ses vaches à un paysan du coin.
Ainsi va la vie jusqu’à ce jour de début décembre 2011 où j’apprends avec stupéfaction qu’un marchand de bêtes a acheté Henriette pour la conduire à l’abattoir.
C’est inacceptable ! Henriette ne peut pas finir ainsi. Pas elle. Pas dans ces conditions et sa patronne qui l’aimait tant ! Je décide d’intervenir.

Mais intervenir comment ? Le marchand de bêtes a du retard. Pas pour longtemps. Il va venir chercher Henriette d’un jour à l’autre. Je demande à mon amie Denise d’envoyer un mail en urgence à OABA.

Bonjour,
Nous nous adressons à vous en dernier recours pour une demande de sauvetage urgentissime. Il faudrait agir au plus vite dans les heures qui suivent et nous répondre au plus tôt sur ce que vous pouvez faire ou ne pas faire. Henriette est une vache normande née de Vitounette et de Tio le 3 mars 1992 à Villejaleix Commune de St Fargeol 03. Bien soignée et coucounée par sa maîtresse qui est fort malheureusement décédée l'an dernier, elle devait finir ses vieux jours à la ferme auprès de son maître Raymond. Mais le destin en a décidé autrement. Raymond qui rentre mardi à la Clinique pour une opération invalidante ne pourra plus assumer Henriette comme il le faisait auparavant, la rentrer tous les soirs à l'étable, la traire et la nourrir. Un marchand de bêtes a été contacté pour la prendre en vue d'un abattage puisque la bête est âgée et pas très négociable. Vous serait-il possible de nous dire ce que vous pouvez faire le plus rapidement possible car la situation est urgente. Accepteriez-vous de la prendre en charge? Cette semaine on pourrait la garder pour une courte durée (4 ou 5 jours environ). Mais n'ayant ni les équipements ni la nourriture nécessaires pour la vache, on ne pourra guère prolonger au delà. Avez-vous des fermes d'accueil dans le 03, le 63 ou le 23 qui pourraient prendre le relais ? Sinon la pauvre Henriette vache de compagnie finira en boites de pâtée pour chiens et chats. Quelle tristesse! Dites-nous de toute urgence ce que vous pouvez faire d'avance merci.
Je vous joins une photo d'Henriette.
Danielle Chevalier Villejaleix St Fargeol Tel 0470516671 mail envoyé par sa voisine Denise »


Je discute plusieurs fois avec Raymond. Lui faire entendre raison ? Oui, il préfèrerait qu’Henriette finisse sa vie autrement qu’à l’abattoir. Oui, il a vendu aussi ses terres. Discuter… discuter…. Se montrer plus forte que certaines personnes qui conseillent si mal Raymond… Un Raymond pessimiste et angoissé par l’opération du genou qui l’attend. Un Raymond qui se sait incapable d’assumer la charge d’une vieille vache.
En accord avec Raymond, je téléphone au marchand de bêtes. L’homme est aimable et compréhensif. Il accepte d’annuler la vente. Ouf ! Ceci juste avant que Raymond ne rentre à la clinique. Il se fait opérer le 7 décembre à savoir le lendemain.
Coup de fil d’un « mauvais conseilleur ». Il paraît que j’ai bien du temps à perdre et qu’une vache doit systématiquement finir en kilos de viande. Il paraît aussi que c’est honteux de se préoccuper des animaux quand tant et tant de gens crèvent de faim. Là mon gars tu tombes mal ! J’ai passé des années à soulager la souffrance humaine et à tenter de sauver des vies en tant que membre d’Amnesty International ! Et toi mon gars tu ne peux pas en dire autant. Qui n’aime pas les animaux n’aime pas les gens…
Monsieur Freund, directeur de l’OABA répond par mail, acceptant d’adopter Henriette dans leur ferme modèle de Saône et Loire. Oaba ne rachètera pas l’animal c’est contraire à son éthique mais « prendra en charge le transport puis la pension d’Henriette jusqu’à la fin de sa vie ».
Je téléphone à Mme Sugier présidente de la SNDA, qui répond immédiatement que quelque chose doit être possible pour sauver et racheter Henriette. Elle promet de me rappeler sous peu.
Mais le marchand de bêtes n’est plus d’accord. Le « mauvais conseilleur » son copain, lui a demandé de venir chercher Henriette envers et contre tout, pour l’emmener aux abattoirs. Et il faudra que ce soit Jean Pierre le fils de Raymond qui le contacte pour confirmer l’annulation de la vente. Ce que Jean Pierre fait sans tarder.
Cependant Jean Pierre et moi nous nous méfions. Je croise le camion de la COVIDO sur la route et me dépêche d’aller bloquer la porte de l’étable avec ma Ford. Et, en pleine nuit, sans nous concerter, Jean Pierre et moi punaisons la même affiche sur la porte pour empêcher le retrait d’Henriette !
La SNDA rachète la vieille vache avec la Fondation Bardot. C’est décidé. Mais nous aurons du mal à trouver un transporteur pour aller jusqu’en Saône et Loire.
Apres plusieurs jours de recherches fastidieuses, c’est Mr Freund (OABA) qui délègue un de ses amis de l’Isère pour nous aider en toute confiance.

Le 5 janvier 2012
C’est le grand départ ! En pleine matinée, le camion arrive à Villejaleix à la ferme. Montera, montera pas, la belle Henriette ? Quelques manœuvres, devant l’étable puis devant la grange. Henriette ne semble pas spécialement stressée. Jean Pierre et moi lui parlons. Denise et son mari sont présents. Et Max, le transporteur, très sympa, est efficace. Henriette bondit d’un tour de rein dans le camion. Jean Pierre et moi n’en revenons pas ! La scène est immortalisée par les appareils photos qui crépitent. Allez, assez de ce vent fort qui nous hurle aux oreilles, nous avons tous bien mérité le café proposé par Jean Pierre. Un Jean Pierre qui nous lit la belle lettre qu’il a écrite sur Henriette que l’on peut voir en fin de texte. Elle ne part pas sans explications sur sa personne, notre vieille vache.
Ca y est, le camion démarre, on se salue avec amitié, et le convoi s’ébranle su la route. Bonne fin de vie chez ceux qui sauront t’apprécier Henriette, et un gros merci à la SNDA, à la Fondation Bardot et à l’OABA sans qui rien n’aurait été possible.
A 17 h, je reçois un coup de fil de M Freund. La vieille vache a sauté prestement du camion pour gagner sans problème son coin dans l’étable de la ferme modèle. Aussitôt, elle s’est mise à casser la croûte auprès de deux copines à qui elle raconte sa vie.
A bientôt d’autres nouvelles Henriette. Nous penserons fort à toi cette année 2012

Danielle CHEVALIER



Jeudi 5 janvier 2012

Monsieur,

Au moment ou vous lirez cette lettre vous aurez réceptionné notre vache Henriette espérant qu’elle aura fait un bon voyage.
Tout d’abord nous vous remercions de l’avoir recueillie.
Henriette, âgée de presque 20 ans, était notre normande pour le lait de la maison. Elle n’est pas méchante du tout. Vous pouvez lire une chronique à son sujet écrite par Danielle Chevalier qui s’est d’ailleurs occupée de tout. Merci à elle aussi. Henriette est un peu coquine. Le matin elle n’est pas pressée pour aller aux champs (vu son âge elle marche doucement au début). Et le soir elle n’est pas pressée non plus de rentrer à l’étable. Elle fait comme les enfants pour aller au lit elle repousse le moment.
Au début elle se laissera sans doute commander mais quand elle vous connaîtra bien elle en profitera peut-être.
Sinon Henriette est sociable. Récemment elle est allée faire une « bise » aux chevaux du voisin à travers la haie et toute contente d’elle-même a sauté comme un cabri.
Cela fait plusieurs années qu’Henriette vivait seule aux champs sans être mélangée au reste du troupeau, chouchoutée par sa patronne Yvette qui n’est malheureusement plus là.
Encore un détail, Henriette couchait à l’étable tous les soirs même l’été, sans sortir les jours de pluie et la période hivernale.
Voilà ce qu’on peut dire sur Henriette. Il faudra aussi veiller à ses tétines qui ne donnent presque plus de lait. Encore un grand merci pour l’avoir recueillie et lui permettre ainsi une belle fin de vie.

Au nom de Raymond son patron actuellement hospitalisé, son fils Jean Pierre

Photo : Jean Pierre



Photos de la vache Henriette


Paisible, Henriette flâne avec ses copines les oies.



Henriette prend la pause pour une belle photo en compagnie d’Yvette, sa patronne, et d’Hélène.


Raymond n’est jamais en retard pour traire Henriette qui offre son lait à la famille depuis tant d’années.


« C’est mon champs », dit Henriette, « mon préféré, celui qui surplombe la ferme et les monts de la Combraille ».


Un brin de causette dans l’étable avec la gentille Pirouette, la chatte donnée par Danielle.


« Que se passe-t-il ? Où m’emmène-t-on ? », s’étonne Henriette.


Gros plan sur Henriette montée d’un coup de reins dans le camion, plus curieuse que craintive.


La dernière photo avec Henriette et le groupe qui s’est occupé d’elle : Dédé (cameraman), Max le transporteur, Jean-Pierre (le photographe), Denise(revue OABA dans les bras), et Danielle à l’origine du sauvetage de la vache.


Adi, belle Henriette ! Te voilà en route pour ta dernière demeure en Saône et Loire, avec tous nos souhaits pour une longue et sereine vieillesse.

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