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Société Nationale pour la Défense des Animaux
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Pompon, Léo et Salsa

Pompon, Léo et Salsa

Villejaleix, octobre 2011

Ma chère Salsa,

J’ai relu plusieurs fois ta lettre de septembre, SALSA, et rêvé de ton minois sous le duvet où j’aime me dissimuler en faisant des bosses. Que tu es belle avec ton pelage coloré et tes yeux vert ! Plus d’une fois je me suis endormi, le nez sous une patte, en te murmurant des mots doux. C’est vrai que je suis un pur chat des champs, mais pour toi j’accepterais de séjourner un court temps dans ton appartement de Montréal.

Je t’envoie cette photo où je suis en compagnie de Léo, mon petit frère. Il est blanc avec quelques taches grises. Né le 15 avril, nous avons la même mère. Danielle, ma maîtresse, rouspète après elle car depuis quatre ans Capucine “ pond ” un fils unique au printemps*. Ainsi est-elle faite ! Quand Danielle veut l’attraper pour une stérilisation, ma mère bondit au plafond, pête l’ampoule, mord, griffe, se sauve en hurlant comme une furie. Léo porte ce nom à cause de Ferré car il se mettait à “ chanter ” dès que sa mère s’éloignait.

Léo me prend pour exemple. Il veut toujours faire la même chose que moi. En cette saison balayée de brouillards par brassées, où le froid est vif, où les branches nues des arbres s’égouttent dans les chemins ravinés, où toutes les maisons sont portes closes et juste ébranlées pas les cloches du bourg voisin, j’ai Léo dans les pattes vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je l’aime bien, mon petit frère, mais c’est un pot de colle. Je renifle la trace d’un rat dans la grange, lui aussi. Je nettoie le derrière de mes oreilles, lui aussi. Je vais me rôtir les fesses près du poêle à bois, lui aussi…

Parle-moi encore de toi, Salsa. Tu n’as jamais trempé une patte dans la neige ? Tu sais, c’est froid et mouillé. Très désagréable ! Quand elle vient à Villejaleix, la neige, elle s’attarde en congères et nous retient prisonniers. La première année de ma jeunesse, pour être alimenté, nous avons dû demander le secours du monsieur au corbillard. Lui seul arrivait à rouler sur les routes pour livrer des courses.

Tu vois, Salsa, ma vie ici n’est pas toujours facile. Mais je n’en changerais pour rien au monde.

J’attends de tes nouvelles. Tu salueras pour moi Jacques, ton maître.
Miaulements affectueux.

Pompon

*Capucine s’est enfin laissée attraper et est stérilisée depuis le printemps 2012.

Danielle CHEVALIER
Villejaleix 03420 St Fargeol



Lettre posthume, écrite par Salsa le 15 novembre 2011

Mon cher Pompon,

Dis-donc, quel fripon tu fais ! Tu me fais du plat ! Tu mérites bien ton surnom de «Tendre coquin». Il est vrai que je suis très belle avec ma toison au long poil soyeux et mes irrésistibles yeux verts. Toi-même tu ne manques pas de charme. Et tu serais prêt à quitter ta campagne pour venir me voir ? Je suis touchée !

Mais... n’as-tu pas lu mon âge ? J’ai écrit 11 ans, mais j’ai triché. En coquette que je suis, j'ai un peu menti sur mon âge et je t'ai envoyé une photo datant de quelques années. En fait j’ai 14 ans, Pompon, un très grand âge pour notre race. Je pourrais être ta grand-mère, ou même ton arrière-grand-mère !

D’ailleurs, je vais te faire une confidence, j’ai un pressentiment, je ne crois pas qu’il me reste beaucoup de temps à passer sur cette planète. Depuis le début de l’été, je suis fatiguée et je dors beaucoup. Et depuis quelques semaines, je suis malade, je vais de plus en plus mal. Mon maître Jacques est bouleversé, je le vois bien à son regard et à toutes les petites attentions qu’il me procure. Il m’a emmenée chez un vétérinaire qui m’a fait des tests coûteux et désagréables, sans résultat.

Tu sais, quand l’heure est venue... Ma mission auprès de Jacques est accomplie. Je lui ai appris quelques petites choses sur la vie, l’amour, la félinosophie. Maintenant il est temps de partir. Je ne pense pas que je verrai un autre hiver.

Ce fameux hiver québécois. La neige, oui je connais bien, mon cher Pompon. Ici nous avons tous les types de neige. De la grosse neige collante et mouillée jusqu’à la poudreuse qui s’amasse en dunes comme les sables du désert. La neige froide pour nos pattes, mais tellement utile pour pister une proie qui y inscrit sa trace ! Mais ce qui me fiche la trouille, tu sais, ce sont les engins de déneigement qui passent en grondant devant la maison : chenillettes, chasse-neige, souffleuse, camion 16-roues ; les fondations de la maison se mettent à vibrer et je cours me réfugier dans ma cachette préférée.

Et le froid... L’hiver, mon maître s’habille comme un cosmonaute pour sortir de la maison. Moi, je sors à poil (ah ! ah !) ; ma fourrure me permet de m’adapter aisément à des températures de 10, 15 ou même 20 degrés sous zéro. L’ennui, c’est que pour sortir, je dois me poster devant la porte et attendre qu’il m’ouvre car durant l’hiver le trou qui me permet d’entrer et sortir est condamné.

Non, Pompon, je ne pense pas que je verrai un autre hiver. Je souhaite juste que le paradis des chats ressemble à ta campagne, avec de grands espaces, des collines, des vallées, des ruisseaux, de l’herbe, du roc, du vent, des arbres, des insectes, des centaines de cachettes, des milliers d’effluves et de sons et... des millions de mulot à poursuivre.

Ne sois pas triste. Profite bien de ta vie heureuse. Sois compatissant envers ton p’tit frère Léo ! Tu sais, il t’admire : tu es son modèle, son idole, son héros. D’en haut, je veillerai sur vous deux.

Tendrement,  

SALSA

N.B. Salsa est morte six jours plus tard, dans les bras de son maître, dans la salle d’attente du vétérinaire. L’hiver est tardif cette année au Québec, le sol n’était pas encore gelé ; elle a pu être enterrée dans un boisé au pied du Mont-Royal.

Jacques Hains
Montréal, Québec

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