SNDA
Société Nationale pour la Défense des Animaux
"Au coeur de la dignité humaine, se trouve aussi la justice envers les animaux."
ACCUEIL OPINIONS CONTACTS LIENS

> L'ASSOCIATION

> THEMES

> CAMPAGNES

> ARCHIVES

> CHRONIQUES

> Chroniques de la campagne

Un cœur perdu

Un cœur perdu

Premier épisode


Quelle chaleur en cette fin juillet 2011 ! Les sentiers se craquellent et l’eau des rivières tarit. Rare que le ciel se brouille de nuages. Des nuages sans gouttes. Les champs offrent une herbe couleur de chaume. Les vaches soufflent en bord de clôture, guettant les tombereaux d’eau que leur amène les paysans.
Je me suis assise devant la maison pour boire un café et, tout à coup, je vois arriver du pré en face, tête haute, un chat tigré et blanc. Il se plante assez loin de moi et me lance une plainte interrogative du genre : « J’ai vu que tu distribuais à manger. Je peux en avoir ? » Il se met à trembler quand je lui parle et lui dis de m’attendre, lui promettant de la terrine. Il comprend et pose son cul à terre. La minute qui suit, il dévore tout le contenu de l’assiette et se sauve à vive allure.
Il est là le lendemain de bon matin, à la même place. J’ai un soupir. Encore une bête qui débarque je ne sais d’où ! Aussitôt je l’appelle MANU parce qu’il ressemble au frère de Babou, disparu dans la nature. J’ai même un doute. Ne serait-ce pas Manu, le vrai Manu ? Nous nous tenons à cinq ou six mètres l’un de l’autre. Le chat est méfiant. Il laisse échapper un miaulement d’impatience. Je vais chercher une gamelle de boulettes au bœuf et la pose dans l’herbe. Je recule. Le chat s’approche en me foudroyant du regard. Il me surveille en mangeant. Pour moi, c’est clair. Il faudra du temps pour apprivoiser cette bête-là.

Deuxième épisode


A la mi-août, l’air est lourd et les mouches deviennent agressives. Un pinson volète imprudemment au-dessus de la tête de Manu qui s’en fiche complètement. Il y a presque trois semaines que nous nous “fréquentons”. J’ignore par quels tourments le chat est passé, mais il a dû souffrir car je ne peux toujours pas l’approcher. Il se tient dans le pré en face, à une dizaine de mètres, en plein soleil. Ou se couche dans un creux qu’il a dégagé dans une haie d’épines.
J’ai bien essayé de poser une de mes trappes à stérilisation près de lui. Sans succès. Manu préfère se passer de nourriture que de rentrer… là-dedans ! Il m’a lorgnée, les paupières à demi-fermées, avec l’air de dire : « Il ne faut pas se ficher de moi ! ». Tu es intelligent, Manu, ça je l’ai compris de suite.
Et les jours coulent. Et le temps ne rafraîchit pas. Manu lisse son pelage. J’essaie de me tenir plus près de lui mais toujours derrière la clôture. Je continue de lui parler doucement. Je m’allonge dans l’herbe et reste immobile. Le passage d’un tracteur met fin à ma tentative de conciliation. Nous sommes le lundi 29 août. Ce n’est que le mercredi 31 que Manu, saisi par l’envie soudaine de me signifier sa reconnaissance, se frotte rapidement à mes tennis. Je ne bouge pas. Nous nous regardons. Nous nous respirons. Sentir, percevoir l’autre… Cet autre si différent de soi. Une espèce de confiance s’installe entre nous deux.

Troisième épisode


Plus de regards foudroyants mais quelques coups de pattes, griffes sorties, pour me rappeler à l’ordre d’une relation amicale que seul Manu compte gérer. Je lui effleure le dos. Cela lui déplaît et il se lèche. Puis il s’éloigne et demeure un moment à observer le fond de la vallée. Toujours les yeux sur le Puy-de-Dôme. Au point que je me suis fait la réflexion que Manu devait venir de là-bas.
Il faut disposer de pas mal de temps avec Manu. Et le temps, j’ai tendance à lui courir après. J’ai une vingtaine de chats maison, squatteurs compris, une trentaine de chats dit “extérieurs” que je nourris, soigne et héberge dans différents abris et trois chiens. Cela représente bien du travail. Surtout avec une maison sans confort.
J’ai beaucoup de patience. Et je suis assez têtue. Je me couche dans l’herbe en appelant Manu. On entend lentement sonner les cloches du village voisin. Manu se retourne et hésite. Mais, encouragé par ma voix, il vient s’allonger près de moi au soleil. J’ai remarqué l’attirance de cette bête pour la chaleur.
Nous discourons ! Sans que je bouge d’un pouce. Nous discourons ! De septembre entré en saison. Des soirées qui ne tarderont pas à raccourcir. De la température qui reste élevée avec des odeurs de fumées dans l’air. Des hirondelles qui ne cherchent pas le départ, signe de douceur pour l’arrière-saison.
Manu me fixe avec insistance et me fait part de sa contrariété quand je tends la main pour lui soulever la queue. Mâle ou femelle ? Je ne le sais toujours pas ! Coup de patte. Je gronde. Manu rentre les griffes et ouvre d’énormes yeux verts, mécontent que j’insiste sur cet endroit de sa personne. Pas vrai, c’est une demoiselle ! Une demoiselle qui accepte un court temps mes caresses sur son plastron blanc. Je la nomme : “Ma toute belle” et lui sourit. Manu se fait douce. Pour la première fois, elle ronronne et me mordille les doigts.

La suite de cette histoire paraîtra le mois prochain

Danielle CHEVALIER - Villejaleix / 03420 St. Fargeol

©Société Nationale pour la Défense des Animaux - Webdesign par DRIVSTER.fr