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Société Nationale pour la Défense des Animaux
"Au coeur de la dignité humaine, se trouve aussi la justice envers les animaux."
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Un cœur perdu (suite)

Un cœur perdu (suite)

Quatrième épisode


Nous sommes devenues amies. Manu se roule par terre, se tortille dans tous les sens quand je lui parle et la caresse. Pas question pour autant de la prendre dans mes bras. Et je suis très inquiète car cette chatte ne veut aucun autre félin dans son secteur. Elle les chasse avec rage, des hurlements dans la gorge. Insociable à l’extrême ! Elle terrorise ma bande de minous qui fuit dès qu’ils voient les oreilles rabattues et la queue en mouvement de cette sauvage. Les “extérieurs” n’en mènent pas large non plus. Manu fait le vide autour d’elle. Je lui confectionne des abris individuels qu’elle boude en permanence, préférant son creux dans la haie d’épines. Des amis me donneront une belle niche bourrée de coussin et couverture. Lui conviendra-t-elle ? Manu a des exigences que j’ai du mal à saisir.
Elle est présente matin, midi et soir devant la maison. Les chiens ne l’effraient pas. Elle les côtoie avec amabilité. Elle engouffre par jour des assiettes pleines de terrine et de sachets Friskies, Mademoiselle n’aime que ceux-là, ainsi que des croquettes. Elle a un appétit féroce mais, compte tenu qu’elle vit dehors, je ne la prive pas. Elle doit physiquement être en forme.
J’entreprends le tour des connaissances pour essayer de lui trouver un foyer. Mais qui se ressemble s’assemble ! Mes connaissances ont toutes des animaux, chats en particulier. J’explique franchement ce qu’il en est : Manu doit vivre seule, sinon cela se passera mal. Je n’aboutis à rien.
Manu devient imprudente. Elle traverse la petite route qui sépare la maison de mes autres bâtiments. Une fois j’ai eu très peur et hurlé « NON ! » juste avant le passage d’une voiture qui l’aurait butée. Devant ma réaction, Manu s’est arrêtée net dans son élan. Je crains aussi les chasseurs qui traînent dans mon coin.


Cinquième épisode


Je suis arrivée à prendre la tête de Manu entre mes mains. C’est la première fois. Sans doute une grande marque de confiance de sa part. Et – stupéfaction – la chatte a l’intérieur de l’oreille gauche tatoué. Pour une surprise, c’est une surprise ! Mais pour lire lettres et numéros du tatouage, avec le caractère de la Belle, pas évident !
Au fil des jours, à plusieurs reprises, je vais m’imposer, frotter et refrotter l’intérieur de l’oreille à l’alcool. Utiliser aussi ma lampe électrique. Et me tromper X fois. Parce que Manu ne veut pas se laisser manipuler. Parce que l’encre est illisible ou en pâté. J’aimerais qu’un vétérinaire m’aide, mais impossible de mettre Manu en cage.
Chaque fois que je croirai déchiffrer le tatouage, je téléphonerai à la Centrale féline qui contactera aussitôt les propriétaires. Soit par téléphone : jamais de réponse. Soit par courrier : retours successifs des lettres. J’appelle la SPA de Montluçon qui se met “en quatre” pour me renseigner. Une chatte a disparu dans le voisinage. Espoir. Zut, ce n’est pas elle ! J’appelle l’école du chat située le plus près de chez moi. Une femme adorable qui comprend la situation et agit au mieux pour me seconder. Mais rien de positif. Je commence à désespérer. Je circule en voiture dans les villages des environs. L’Allier… le Puy-de-Dôme… Je “bouffe” des litres et des litres d’essence, moi qui n’ai pas de fric ! Et je parcours à grands pas les chemins de terre, kilomètre après kilomètre. En serrant les dents car depuis plusieurs jours une sciatique me court des reins aux doigts de pieds. Je rencontre des gens avenants, sympathiques. D’autres que j’importune et qui me le font savoir de manière peu courtoise. Qu’importe ! Je demeure persuadée que Manu appartient à quelqu’un de la région. Toujours cette manie qu’elle a de fixer le Puy-de-Dôme. J’ai en tête de poser des affiches chez les commerçants, en particulier les ambulants. Cela m’a déjà réussi. Si seulement je pouvais encager Manu pour la montrer à un vétérinaire. D’autant plus qu’elle a une diarrhée contre laquelle mes médicaments sont inefficaces. Nous sommes maintenant en octobre. Et, bien que les journées soient exceptionnellement chaudes, les nuits se brouillent de nues qui plafonnent le ciel. Manu cherche à entrer chez moi. Hurlements de félins de part et d’autre. Que vais-je faire d’elle ? Cela devient une obsession. Que vais-je faire d’elle ?

La suite de cette histoire paraîtra le mois prochain

Danielle CHEVALIER - Villejaleix / 03420 St. Fargeol

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