SNDA
Société Nationale pour la Défense des Animaux
"Au coeur de la dignité humaine, se trouve aussi la justice envers les animaux."
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Un cœur perdu _ suite

SIXIEME EPISODE



Lire le tatouage. Et le bon ! On me conseille (conseil de parisien qui ne connaît rien à la campagne) d’administrer un somnifère à la chatte afin de pouvoir l’emmener chez le vétérinaire. Ah le gros malin ! Manu vit dans la nature. Elle a besoin de toute sa vigilance pour affronter les dangers qui la guettent. En particulier éviter les renards qui rôdent jusque dans le hameau. Renards qui sont friands de la chair des chats. Malheureusement je sais de quoi je parle… Je ne prendrai pas le risque d’endormir Manu. Pas question.
J’ai une autre méthode et celle-ci plus efficace, car ENFIN Manu a baissé sa garde. Je mets une cage à côté de sa gamelle de terrine sur une table extérieure. Et allez hop, je lui pousse le derrière ! La chatte n’a pas le temps de comprendre. Prisonnière, ma belle.
Direction Marcillat-en-Combraille. Nous sommes samedi soir. Le véto est chez lui mais il a accepté de me recevoir et se rend dans son cabinet. Manu n’est pas contente. Pas contente du tout de ma… trahison. Et elle le fait savoir aux deux pauvres obstinés que nous sommes. Nous tombons d’accord sur les lettres et les chiffres du tatouage. Et il correspond bien à la dernière lecture que j’en ai faite. La cage est pleine de diarrhée. « Evitez que cette bête prenne froid. » Médoc. Et comment voulez-vous que je fasse ? Je ne dispose pas d’une pièce pour l’enfermer. C’est trop petit chez moi.
Je téléphone le lundi à la Centrale féline. Si seulement ils avaient l’intelligence de me confier l’identité des propriétaires. Je me heurte à la loi : ils n’ont pas le droit. On va encore perdre un temps infini. Je tente d’attendrir mon interlocutrice : Manu vit dehors sans accepter d’abri, avec un octobre qui pointe des aubes grises et humides. Nouveau refus. Puis-je au moins savoir où habitent ces gens ? On me lâche un nom, celui d’un village du Rhône. Du Rhône ? Je remercie, étonnée. Comment Manu a-t-elle atterri ici ? Je vais tenter de me débrouiller pour progresser dans mon enquête. Car c’est véritablement une enquête.
Je passe mon temps au téléphone, redoutant la facture qui me “tombera” dessus. Mais comment faire autrement ? Je recherche le cabinet vétérinaire qui a tatoué Manu. Je mets des amis à contribution, n’ayant pas Internet. Et j’écris quelques numéros tél. sur mon papier.
Après plusieurs appels, je finis par trouver. Au bout du fil, une secrétaire aimable se souvient d’eux. Oui, cette famille aimait les animaux et en avait plusieurs. Non, la femme n’est pas autorisée à me dévoiler qui étaient ces gens. Elle est désolée. Elle comprend mais n’y peut rien. Simplement me dire que la chatte se nomme Winnie, qu’elle est née le 1er avril 1996, et que ces gens ont déménagé sans signaler leur nouvelle adresse. Retour au point de départ ! Je n’avance pas.
Je parle de mon problème autour de moi. En particulier à Dany qui est toujours la première à m’écouter. Quelle solution pour retrouver les propriétaires ? Les bonnes idées seront bien reçues. Les bonnes idées uniquement. Pour l’enquête, je m’en charge.
Toujours avec l’idée que Manu (elle ne répond pas au prénom Winnie) vient du Puy-de-Dôme, je téléphone à la S.P.A. de Clermont-Ferrand. Quelqu’un recherche-t-il Manu ? Je discute avec une fille complaisante qui m’annonce : cette chatte appartient à Monsieur et Madame “ X ”. Ouf ! Enfin une piste. Mais une piste sans prénom. Re-téléphone Centrale féline : pas de prénom. Re-téléphone cabinet vétérinaire du Rhône : pas de prénom. A l’époque, on ne l’exigeait pas. Comment m’y prendre pour en savoir plus ?

SEPTIEME EPISODE



Combien y a-t-il de “ X ” en France ? Et dans le Puy-de-Dôme ? Et dans l’Allier ? La dame de l’école du chat vient à mon secours : sa fille a Internet et va faire des recherches. Elle me félicite pour ma persévérance et nous nous confions un peu de nos vies, de nos efforts pour adoucir le sort de nos quatre pattes (ou deux pattes !). Elle m’assure qu’elle prendra Manu en cage si mes efforts ne sont pas récompensés. En cage, ce n’est pas l’idéal. Nous le savons toutes les deux.
Malheureusement, avec Internet, il faut bénéficier de données précises. Nous n’avons aucun nom de villes à proposer pour décrocher des adresses. Et il existe cent vingt-huit “ X ” en France…
Je contacte des amis, eux-aussi en possession d’Internet. Je note quelques “ X ” à la volée ! Dès le premier appel, après m’être expliquée, j’entends le rire d’une femme dans le combiné.
— Vous avez composé mon numéro par hasard ?
— Absolument !
— Vous avez une sacrée chance, je tiens un cabinet de généalogie. Vous me dites le prénom et je me ferai un plaisir de vous renseigner aussitôt.
— Le problème, c’est que j’ignore comment l’avoir, ce prénom ?
— En téléphonant à la Mairie du village où habitaient ces gens.
— Madame, vous êtes géniale !
Nouveau rire dans le combiné.
Octobre tire à sa fin. Il fait beau un jour, froid un autre malgré un soleil quasi-permanent. Les cheminées fument. Une pluie d’automne mouille, par moment, les touffes de trèfle et l’herbe courte. Manu s’immobilise sous les ronces qui s’égouttent. Je commence à l’entendre renifler, tousser, et lui administre des antibiotiques. Dans la viande crue en boulettes, les comprimés “ passent tout seul ”. Je dois dénicher le plus vite possible cette fameuse famille “ X ” et me met en relation immédiate avec la mairie de ce village du Rhône. Déception : l’employée qui me répond refuse d’ouvrir son ordinateur. Elle a autre chose à faire que de se préoccuper d’un chat perdu. Elle me “ commande ” de re-téléphoner le lendemain. Ce que je fais. Mais l’accueil est le même : grincheux. La fois d’après, pareil. Et le quatrième jour, elle finit par me raccrocher au nez.
Un ami me suggère d’essayer de joindre des habitants du village qui auront peut-être gardé souvenir de cette famille. Re-Internet. Re-blocage. Pour avoir le numéro de téléphone des habitants, il faut des noms. Internet, tu me fatigues…
Je raconte la mauvaise volonté de cette employée à la dame de l’école du chat. Dans ma foulée, elle appelle également la Mairie et se heurte à l’employée revêche. Mais j’ai compris que cette femme ne travaillait pas les après-midis. J’appelle à nouveau et narre à une autre employée (qui -elle- n’a pas droit d’accès à l’ordinateur !) le “ cas Manu ”. Elle m’écoute et promet de plaider ma cause. Au réveil, le jour suivant, j’obtiens mon fameux prénom : Caroline.

HUITIEME EPISODE


“ Ma ” généalogiste me dévoile le numéro de téléphone de cette Madame Caroline X. Et je fais à celle-ci la surprise de l’année 2011.
Winnie ! Mais elle a bien vingt ans ?
Non, quinze.
Ah bon !
Caroline me raconte avoir perdu deux chats en 2003, juste avant leur déménagement.
Vous habitez où ?
Dans les Vosges.
Les Vosges !
Vous êtes sûre que Winnie n’a que quinze ans ?
Elle est née le 1er avril 1996.
Vous me téléphonez d’où ?
D’Auvergne.
D’Auvergne ! Mais comment Winnie peut-elle être là-bas ?
Silence. Je sens beaucoup d’hésitation dans la voix de cette femme. Il est évident que cette chatte n’était plus attendue. Ce que Caroline m’avoue avec gêne. Elle ne me connaît pas et se demande si elle peut se permettre d’être sincère. Je la rassure. Huit années se sont écoulées. C’est très long. Je lui propose le temps de la réflexion.
Pas la peine ! s’écrie Caroline. J’ai cinq chats. Winnie me pose problème. Un gros problème.
Je laisse la femme s’exprimer. Il n’y a qu’en écoutant qu’on peut sonder le cœur des gens. J’abonde dans son sens : oui, les difficultés matérielles sont nombreuses. Avec un taux de pauvreté extrême, les refuges et les associations ne désemplissent pas. Les maîtres sont obligés d’abandonner ou, pire, de faire euthanasier leurs bêtes. L’animal est la première victime de la misère humaine. Quand on sait que, pour obtenir des voix aux élections, un certain petit monsieur avait fait moultes promesses aux associations animales. Aucune n’a été tenue ! Et les portes sont restées closes aux rendez-vous convenus sur parole. Mensonges et manipulations en série… Non, ce n’est pas de la politique mais un simple constat.
Bref, il y aurait tant à dire ! Je reviens sur ce qui nous concerne : la belle Manu-Winnie. Je préviens qu’elle est insociable au dernier degré.
Mais non, elle est très gentille ! réplique Caroline.
Plus maintenant.
Je préfère être franche. Le bonheur de la chatte est à ce prix.

Suite ET FIN de cette histoire le mois prochain

Danielle CHEVALIER
Villejaleix 03420 St Fargeol

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