SNDA
Société Nationale pour la Défense des Animaux
"Au coeur de la dignité humaine, se trouve aussi la justice envers les animaux."
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Un cœur perdu, suite et fin

Neuvième épisode

Ma copine factrice a tiré le portrait de Manu. Et je commence à écrire et découper des affiches. J’aurais dû commencer par là, car je suis sûre que la chatte a une maison dans les environs. Toujours la tête tournée vers le Puy-de-Dôme, Manu ! Elle s’est sentie bien dehors tant qu’il a fait beau. Mais ce matin, en distribuant la nourriture aux chats de pleine nature, j’ai glissé sur une plaque de verglas. Soleil ou pas soleil, les nuits sont froides. Il est clair que Manu était habituée à un toit. Son comportement le prouve. Elle se colle à la porte d’entrée et j’ai le cœur crevé de ne pouvoir faire davantage pour elle. De plus, je supporte difficilement le hurlement agressif des félins de part et d’autre. Si ça continue « je pète les plombs ! ».
J’appelle Dany et la supplie d’accorder un hébergement provisoire à mon orpheline. Une pièce à l’écart, que cette furie n’éborgne personne. Dany accepte.
Il pleut. Manu est trempée jusqu’aux os. Je la saisis et la mets en cage avant qu’elle ne se rebelle. Elle attendra au sec que je l’emmène en début d’après-midi chez Dany. Les autres chats la narguent, s’accroupissent devant son nez, la cinglent du regard. Manu couche les oreilles. Ses muscles se contractent. Si elle pouvait, elle sauterait sur tout le monde.
Le téléphone sonne. Je décroche. C’est Clara. Elle est en relation amicale avec Dany et m’a déjà dépannée en croquettes/barquettes. Plus une jeune chatte extérieure, très handicapée, qu’elle a adoptée. Une chatte qui n’avait aucune chance de vivre sans cette femme.
Que me veut-elle, Clara ? Je la connais peu mais sais à quel point elle est hors réalité. Elle aurait voulu, par exemple, que Dany et moi abreuvions une cinquantaine de bovins délaissés par leur paysan. Mais bien sûr ! Nous avons évidemment le matériel agricole ! Ce cas de maltraitance doit être réglé par voie judiciaire. C’est dans ce sens qu’il faut se battre. Et nous nous battons…
Que me veut-elle, Clara ? Je ne tarde pas à le savoir. Elle a téléphoné à Caroline sans que personne ne lui ait rien demandé. Dany et moi avions juste évoqué le problème du tatouage. De quoi se mêle-t-elle, Clara ? Je n’apprécie pas du tout qu’on intervienne dans mon dos. C’est fatigant les gens qui se croient indispensables pour tout. Et Clara de me dire que je ne sais pas parler aux gens et que Caroline va reprendre la chatte tatouée à son nom. Je respire un grand coup pour rester calme. J’essaie d’expliquer que forcer Caroline ne fera pas le bonheur de Manu. Je parle de mes affiches. Clara entre dans une grande colère. Plus possible de placer un mot ! Je dois rendre cette chatte parce qu’elle est tatouée et que je n’ai aucun droit sur elle. Et cetera… et cetera… Elle me somme de tenir la chatte prête, Dany va de suite venir la chercher. Clara me raccroche au nez. C’est la seconde fois sur trois conversations téléphoniques espacées avec elle. Ça fait beaucoup ! L’autorité comme arme absolue alliée à un manque total de respect. Autrement dit, je suis une imbécile et je dégage la route.
Je suis furieuse. Je téléphone à Caroline qui prend une petite voix : sa fille aimerait revoir Winnie. Ce serait une joie pour elle. Mais serait-ce une joie pour la chatte ? Quitte à me répéter : Manu est insociable.
— Mais elle vivra chez mes parents, à Blois. Ils n’ont qu’un chien, ça ira, vous inquiétez pas.
O.K. , dans ce cas je décide d’accorder ma confiance à Caroline. Manu aura une maison pour l’hiver.
Mais je suis toujours furieuse après Clara. Et Dany « en prend plein les oreilles ! ». Il y a des façons d’agir que je n’accepte pas. Dany comprend. Elle est comme moi. Elle gueule quand quelque chose lui reste sur le cœur. Clara va se faire réprimander.
J’apprends un peu plus tard que Clara envoie un mail à Caroline, lui proposant de lui emmener sa chatte. Ça continue ! Dany gronde. Elle ira avec son mari. Besoin de personne ! Caroline et eux feront mi-chemin. Ainsi verra-t-elle à qui elle a affaire. Cela me rassure.


Dixième épisode

Manu est installée chez Dany depuis la veille, dans une chambre calme. Plus de diarrhée. Plus de rhume. J’éprouve soulagement et tranquillité. Je vais rendre cette chatte en bon état à ses propriétaires. S’il y a d’autres propriétaires, je ne les ai pas trouvés.
Malheureusement Caroline apporte une ombre au tableau. Je discute une nouvelle fois avec elle et Winnie demeurera dans les Vosges. Combien de fois changera-t-elle d’avis, cette femme ? Et allons-y de me répéter :
— Manu-Winnie est insociable, elle va bouffer vos autres chats !
Caroline éclate de rire :
— Vous souciez pas, j’ai l’habitude. On la tiendra fermée et elle finira pas s’habituer. Elle est si gentille, Winnie.
Parions au contraire que j’ai tout lieu de m’inquiéter. Je me demande même si nous parlons du même animal. J’ai mis tant de semaines pour amadouer cette sauvage. Je propose à Dany d’envoyer à Caroline la photo de Manu par mail. Et la réponse tombe comme un couperet : Manu n’est pas Winnie. Désappointement pour eux. Nouvelles complications pour Dany et moi. Dany qui ne me dit rien pour ne pas m’affoler. Elle a senti que j’étais à bout. Elle réussit à mettre Manu en cage en se faisant griffer et se rend chez le vétérinaire à St Eloy. Vérification dans l’oreille gauche. Tatouage illisible. Une des assistantes du cabinet s’écrit : « Mais il y a un autre tatouage dans l’oreille droite ». Personne n’y avait pensé ! Et pour cause : quand on rate un tatouage on le barre. Alors on examine systématiquement l’autre oreille.
Manu appartient à un couple du… Puy-de-Dôme. Je le savais ! Je le sentais ! Le vétérinaire appelle de suite. Ce couple a une résidence secondaire dans le village voisin du mien. Une demeure à laquelle Manu n’était pas habituée. Elle s’est perdue en campagne. Mais son instinct l’orientait vers le bon département. Ça fait plus de six mois qu’elle erre. Ah ! Si je les avais posées, mes affiches !
Curieusement, comme Winnie, Manu est née un 1er avril, mais en 2003.
Dany me laisse deux messages en me communiquant sa joie. Manu s’appelle Minettte, dite Mimine. Je me mets en relation par téléphone avec la propriétaire qui dit me connaître du temps de la jeunesse. J’évoque le mauvais caractère de Mimine. Rien à craindre, elle est le seul animal du couple. Et elle le restera ! Je vois qu’on parle le même langage.
Mimine (Manu) a repris ses habitudes. Elle s’endort sur les genoux de son maître, le soir, devant la télévision.
Mais j’en suis encore à la chercher pour lui donner ses sachets Friskies… à l’abri de ma meute féline.
Fais attention à toi, désormais, Mimine. On se reverra à l’occasion.


Danielle CHEVALIER
Villejaleix 03420 St Fargeol

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