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Société Nationale pour la Défense des Animaux
"Au coeur de la dignité humaine, se trouve aussi la justice envers les animaux."
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DEEJAY

DEEJAY



L'HISTOIRE DEEJAY


Les maîtres déménagent et n’emmènent ni chat ni chien. Je suis prévenue par l’association Pauline (Montluçon) de la détresse de DEEJAY, chien de six ans, non-voyant, croisé Golden/Montagne. Dans les quatre jours, c’est une balle entre les yeux qui attend Deejay s’il n’est pas adopté par un particulier. Le maître ne veut pas le placer dans une association. Le chat, lui, a trouvé demeure à son goût. Le chien, c’est nettement plus problématique. Il est essoufflé par une obésité marquée (il fait 52 kg) et angoissé par une cataracte qui gagne impitoyablement ses yeux depuis un an. Ce qui le rend extrêmement malheureux et dépendant.

Je le récupère à Montluçon et le trouve immédiatement en proie à une peur intense. Beaucoup de mal pour le faire monter dans ma voiture. Une fois fermé, il se jette contre les portières en haletant. Pourquoi ? A-t-il été victime d’un accident ? Il en est toujours ainsi. Les déplacements chez les vétérinaires relèvent de l’exploit !

Je fais tout pour rassurer ce chien que j’ai décidé de sortir de son tunnel. Chacun a droit à la vie et à l’amour. Parions qu’il a encore au moins dix années devant lui. Et je veux que ces années-là soient différentes de tout ce qu’il a pu connaître de douloureux. Son passé ne me sera jamais expliqué. Son présent et son avenir je m’en charge. Mais pour cela il me faut de l’aide financière. Deejay doit perdre quinze kilos, donc croquettes spéciales et onéreuses. Et des promenades régulières que ce paresseux a tendance à bouder. Je m’entête. Le chien me suit quand même au son de la voix (avant, il ne se bougeait pas du tout). Nous marchons désormais plus de quatre cents mètres par jour. J’augmente le parcours soir après soir.

Après consultation chez ma vétérinaire, les yeux de Deejay peuvent être sauvés. C’est une opération importante et délicate qui sera effectuée par un spécialiste de Clermont-Ferrand. Elle dépasse mes moyens financiers, une fois de plus. J’ai à charge, avec une petite retraite, une quarantaine de chats, un autre chien, et je viens de passer un hiver particulièrement difficile. Soins vétérinaires chaque semaine pour tenter de guérir plusieurs de mes félins sujets à maladie. Je suis découragée ! L’association Pauline me soutient. Comme elle, je contacte plusieurs personnes et lance un appel au secours à la Présidente de la S.N.D.A. pour laquelle j’écris des chroniques animalières depuis cinq ans. Après quelques jours de « délibéré », le cœur en avant, la S.N.D.A. décide de prendre en charge l’opération de Deejay et le coût des médicaments. Ouf ! Ce bon gros patapouf va retrouver la vue. Espérons que tout se passera bien. Deejay peut dire un grand merci à la S.N.D.A. et à tous ceux qui l’auront soutenu dans sa détresse. Et comme il est reconnaissant, il ne manquera pas de donner de ses nouvelles dans les chroniques. En attendant, il envoie à chacun d’entre vous des bises super baveuses. Il est très doué pour ça !

21 avril 2014

Danielle Chevalier
Villejaleix
03420 St-Fargeol


QUAND L’AMOUR NE SUFFIT PAS


Laisser parler son cœur et utiliser les mots qui le font pleurer n’est pas chose aisée, même pour le meilleur des écrivains. Je crois que chaque événement de notre vie est fait pour nous construire. Et si DEEJAY s’est inscrit dans le cours de mon existence, avec sa bonne grosse gueule de toutou aveugle, ce n’est pas un hasard.
Les trois premiers jours où Deejay s’est retrouvé en ma compagnie, dans ma maison habitée de chats et d’un autre chien, cela n’a pas été facile. Depuis six années, il vivait à Vichy, dans une autre famille (qui le traitait de paresseux) avec des habitudes et des repères que son handicap maîtrisait puisqu’il était né voyant. Il a fallu lui faire sentir chaque recoin de sa nouvelle demeure, celle-ci campagnarde, et les obstacles qui pouvaient s’imposer à lui, comme une simple chaise mal glissée sous la table. Mais l’intelligence, la sensibilité et l’intuition de Deejay étaient vives. Au bout d’une semaine il avait conquis les lieux.

Dès qu’un lien affectif s’établit, la confiance est vitale. Il en est ainsi dans toute relation que l’on choisit d’approfondir, qu’elle soit humaine et/ou animale. Deejay avait peur de l’extérieur, peu habitué à le… pratiquer. Son obésité était due au fait qu’il restait couché à longueur de temps. Une gamelle pleine de croquettes par jour, un pipi rapide, et le tour était joué ! Je n’ai pas la même conception des choses. J’ai voulu que Deejay connaisse la chaleur que la lumière du mois d’avril nous a donnée cette année. Il se prit assez vite à rêvasser devant la maison, le nez en l’air, à l’écoute des passereaux dont il découvrit les chants. Des pigeons roucoulaient sur le bord des tuiles. Des pinsons sifflaient un petit air à notes régulières. Les oreilles de mon chien bougeaient, et ses narines se dilataient sous les lilas aux senteurs fortes. Il eut peur, une fois, au passage d’un troupeau de vaches et surtout quand l’une d’entre elles vint se frotter contre un arbre en bordure. J’ai immédiatement rassuré Deejay. Ma main, que je voulais douce, a souvent pesé sur son crâne.
Ce chien me demandait plus d’attention et de présence que d’autres de mes animaux handicapés. Etait-ce à cause de sa corpulence ? De ce goût de vivre qui montait en lui et qui le rendait parfois « fou-fou » ? Il arrivait à Deejay de partir au milieu du champ et de ne plus pouvoir se retrouver. J’accourais aussitôt pour le remettre sur le « droit » chemin, celui que j’avais défriché pour lui au milieu des hautes herbes.

Ce 25 avril, en revenant de Clermont-Ferrand (avec les deux amies qui m’assistaient) et du rendez-vous véto que nous avions pris pour savoir si les yeux de Deejay étaient ou non opérables (ils ne l’étaient pas), j’ai saisi mon chien par le collier, comme à l’habitude, pour le faire descendre de la voiture. Pas de problème pendant le « voyage ». Avec mes caresses et mes bisous il était calme. Que s’est-il passé dès qu’il a mis pattes à terre ? Il a commencé à tituber et j’ai cru qu’il avait perdu ses repères. Je l’ai guidé jusqu’au portail où il s’est écroulé d’un bloc, victime d’une crise cardiaque. Il est mort en trois secondes. Une scène inoubliable pour mes amies et moi. Et un chagrin qui ne tarit pas.

Mais je ne saurais en écrire davantage. « Le précipice était au bout des mots et je n’avais plus de mots » (Bernard Giraudeau).

Simplement merci à ceux qui ont apporté leur aide à ce bon gros pépère pas si paresseux que ça.

Le 29 avril 2014

Danielle Chevalier
Villejaleix n°11
03420 St-Fargeol

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