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Société Nationale pour la Défense des Animaux
"Au coeur de la dignité humaine, se trouve aussi la justice envers les animaux."
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Henriette

Henriette

Dès la fin août de l’an passé, les hirondelles quittaient l’Auvergne, fuyant les souffles froids du vent d’automne qui laissait présager un hiver rigoureux. Ces demoiselles sont de retour avec mars, l’aile battante dans les gorges étroites et rocheuses où faune et flore ont commencé leur réveil printanier.
Henriette, la vache Normande, est lâchée au pré après des mois passés à l’étable. Elle lève la tête car elle aime le ballet des oiseaux dans le ciel. L’âge lui a appris qu’il fallait prendre le temps d’observer les choses de la nature. C’est une sage Henriette et d’une grande douceur. Elle est née à Villejaleix le 3 mars 1992, de Vitounette sa mère et de Tio son père. Elle goûte au plaisir de l’herbe tendre et attend la saison des dahlias, car la bonne vieille vache adore mâcher tout ce qui est rouge. Et en particulier les dahlias ! C’est curieux mais c’est ainsi. Quelle gourmande ! Elle n’est jamais privée de rien. L’hiver, elle a du foin à volonté, de la paille (pour la potasse), des betteraves, des épluchures de pommes de terre/choux rave/carottes, des aliments complémentaires (ceux pour les veaux car madame ne supporte pas ceux pour vaches laitières). Etonnez-vous qu’après elle soit en forme à 17 ans ! Elle a été maman de 7 garçons et de 4 filles.
Depuis 2002, Henriette couche à l’étable toutes les nuits pour ne pas prendre froid. Elle a des patrons qui la chouchoutent. Et pourtant, elle se montre coquine et têtue avec eux. Quand elle décide de passer sur la route, elle passe sur la route. Elle fait semblant d’attendre le Raymond et, dès qu’il approche, elle prend sa course jusqu’au fond du pré ou de la cour. Vévette réussit mieux à se faire obéir.
Henriette est née sous une bonne étoile. Et je connais d’autres fermiers soucieux du bien-être de leurs bêtes. Mais… Mais… Les conditions de vie ont changé. Pour qu’un paysan arrive à « s’en sortir » aujourd’hui, il faut voir plus grand. Les troupeaux de bovins (en Auvergne : la race Charolaise) sont devenus importants. Et le quotidien n’est plus le même pour les bêtes. Celles-ci restent dans les champs été comme hiver. Des bêtes qui souffrent du froid, quoi qu’on en dise. Il faut leur apporter du foin ; ce qui parfois se fait attendre. Tout comme l’eau qui n’est pas toujours amenée selon les besoins, l’été. Heureusement, on n’épointe plus les cornes des vaches. Il existe un produit qui évite la pousse. J’ai vu personnellement, il y a encore dix ans, des bêtes se tordre de douleur parce que les cornes étaient coupées trop près des crânes. Un peu comme si on vous arrachait les ongles
Il est peu probable que des vies comme celle d’Henriette existent dans l’avenir. Mais il y a des paysans, évidemment dignes de ce nom, qui ne ménagent pas leur peine, et qui peuvent être fiers de leurs bons (vaceurs), parents de veaux en pleine santé.
« Le jour tombait. Comme à son habitude, ayant fini de préparer les légumes pour la soupe, Mélanie alla au champ chercher les vaches pour les rentrer à l’étable et les traire.
Elle commençait chaque fois par la Léontine, tachetée de marron, qui ne supportait pas d’attendre. Tour à tour la jeune femme tirait sur les tétines et le lait giclait dans la seille, chaud et mousseux. Un lait qui sentait l’herbe et le soleil. La Léontine en donnait encore cinq à six litres par jour, mais elle était trop vieille pour faire le veau.
Dans la cour ouverte, sans relâche, la volaille piquetait sa nourriture dans le fumier. Le coq au plumage de feu, curieux et hardi, se plaisait à caqueter et à glousser sur le barriot fermé de la cuisine » (extrait « les hommes de peine » D Chevalier, éditions Lucien Souny)


Danielle Chevalier
Villejaleix
03420 St Fargeol


1)NB : Les paysans d’ici sont très attachés à leurs vaches. Je ne connais qu’un cas de maltraitance, dans le Puy de Dôme, il y a plusieurs années.


Prochain article : Les chats et les chiens qui m’arrivent du fond de la vallée.
Article plus gris que bleu. Mais n’y a-t-il pas des vérités à dire !?

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