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Société Nationale pour la Défense des Animaux
"Au coeur de la dignité humaine, se trouve aussi la justice envers les animaux."
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DES ANIMAUX ET DES HOMMES DANS LES ANNEES 60

DES ANIMAUX ET DES HOMMES DANS LES ANNEES 60

Une petite génisse frisée vient de voir le jour dans l’ombre de l’étable. Sa mère lèche sa robe blanche pour la sécher et la cajoler avec des clignements d’yeux. C’est la cinquième naissance de la belle Thorette. Et c’est encore une fille.

Déjà la génisse se donne des airs dégagés. Des airs de grande en cherchant les tétines de sa mère. Elle en saisit une gonflée d’un lait mousseux. Elle est goulue, rassasiée en peu de temps. Et fière des paroles du paysan qui a aidé à la mise bas. La phrase fait écho de cour en cour : « La Thorette a une suite ». A cette époque, il est important de compter une bête de plus dans le troupeau. Chacun s’en réjouit. L’homme et l’animal sont proches et communiquent par petits signes.

La semaine paraît longue à la mère qui a hâte de gambader avec les autres dans les prés. Elle est pressée de montrer à son enfant le pays tout en montées et en descentes, qui cohabite avec l’azur blanchissant de l’été.

Enfin les voilà lâchées ! La petite, nommée Victouère (Victoire) découvre le vent dans ses oreilles, les côtes de genêts, l’herbe des champs et les pies qui jacassent en haut des sapins. « C’est quoi, ces bestioles ? », demande Victouère qui s’étonne de tout.

Trois mois de plein air avant de retrouver l’étable pour l’hiver. Novembre s’habille d’un gris immobile. Plus de grillons. Des roulements d’eaux. Des nuits traversées de souffles froids qui s’entremêlent. Merles et grives ne trouvent plus nourriture à se mettre dans le bec. On entend sur les côtes le grincement des tombereaux de fumier. Brrr… il est temps de se mettre au chaud. Le patron paysan distribue le foin dans les mangeoires, et flatte la croupe de ses bêtes.
Le village est noyé de brumes. C’est le réveillon de Noël. A la ferme, on attise le feu dans la grosse cuisinière en fonte. Les femmes sont occupées à la vaisselle. On s’apprête à partir pour la messe de minuit, emmitouflés dans les paletots et les écharpes en laine. On réveillonnera en rentrant. C’est la coutume. Boudins, cochonnailles, dindes, vin chaud et bûches à la crème attendent en cuisine.

Dans l’étable, la fête aussi se prépare. Mais c’est uniquement une histoire de famille animale. Entre onze heures et minuit, une légende veut que les bêtes parlent entre elles dans le plus grand secret. La petite génisse vit cela pour la première fois. La Thorette connaît plein d’histoires de sorcières. A en faire frémir l’étable entière ! Victouère se serre contre le flanc de sa mère en remuant sa longue queue. C’est ainsi, chez les petits des animaux, que l’on entre dans le monde adulte.

Je dédie cette chronique à Annie-Stone qui aime particulièrement les histoires du terroir.


Danielle Chevalier
Le 15 décembre 2014
Villejaleix

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