ÇA VOUS GRATOUILLE ?

ÇA VOUS GRATOUILLE ?

Si, en temps ordinaire, on dit que les orages sont à craindre, c’est loin d’être le cas en cette année 2018. Depuis la mi-juin, le soleil n’a pas cessé de briller sur la campagne et la sécheresse s’est installée au fil des semaines. Pas de pluie. Juste quelques gouttes ces jours d’octobre. Et la lumière semble vieillir, jaunissant davantage encore le paysage.

Les landes de fougères, jalonnées de bouleaux, meurent au milieu des cris d’oiseaux. L’herbe a laissé place à une terre craquelée et bosselée de roches d’un gris de tourterelle. Il semble que la vie se soit arrêtée aux horloges du temps.

Mes ânesses me regardent, accablées de chaleur, après être revenues lentement du fond du champ, de pierre en pierre. Ils se ressemblent tous, les champs, poussiéreux, tirant sur le roux. Mes ânesses ne cherchent plus l’herbe qu’elles savent inexistante. Elles ont bien conscience que cela n’est pas normal. Elles plongent le nez dans le foin que j’ai mis à leur disposition depuis début août.

Souvent, Jessica taquine Doriane, sa mère. « Gratte-moi le dos », réclame-t-elle à grands coups de tête. « Ça vous gratouille ou ça vous chatouille !? ». « Gratte-moi le dos, ça me démange ».

La journée s’éteint sans le chuchotement des eaux de la rivière qui ne dévale plus dans le repli des monts. Jessica s’approche de moi et bâille. Doriane brait à pleins naseaux. Le soleil prend des teintes roses et une chouette s’envole, qui se cachait dans la lézarde de la grange. Elle se pose d’arbre en arbre, et le silence tombe dans cette nature auvergnate d’une tristesse oppressante.

Danielle CHEVALIER, Villejaleix, 21 octobre 2018

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