Le sauvetage de Brigand

C’est au cours d’une promenade qu’Henri tombe sur un chien. Et tomber est bien le mot ! La pénombre dégage un calme d’église dans ce sentier escarpé de forêt que seuls les muletiers osent emprunter. Dans le fond d’un vallon embrouillé d’arbres et de décombres, près d’un courant d’eau qui s’épand en nappe, Henri se prend les pieds dans une racine et chute sur le derrière. Un peu étourdi, il met plusieurs secondes pour se relever. Plusieurs secondes suffisantes pour entendre, non loin de lui, une suite de petits cris et de gémissements.

Henri se méfie. La forêt a mauvaise réputation et il se souvient des loups qui y séjournaient au temps de ses parents. Avec prudence, il s’approche d’un tas de pierres fracassées et prête une oreille attentive. Pas de doute, un animal est là, qui se plaint et respire bruyamment. Il fait sombre. Henri se penche et aperçoit au fond d’un trou, un chien de taille importante qui pointe aussitôt son regard vers lui sans cesser de gratter, avec ses dents et ses pattes, la terre noueuse qui le retient prisonnier.

On ne peut nier l’existence des coups de foudre ! Ainsi en est-il pour Henri ! Ce chien qui a une grosse truffe noire et de longues oreilles pliées en deux, lui plaît immédiatement. Et il se met en devoir, pierre après pierre, de le dégager au plus vite. Ce n’est pas des plus facile. Le chien s’est tu et observe tous les mouvements de l’homme. Enfin, à force d’entêtement, Brigand (déjà nommé par Henri) est extrait de son trou. La forêt toute entière semble avoir participé au sauvetage.

Oui, Brigand est sauvé mais épuisé. Il reste immobile sur le flanc en cherchant sa respiration. Henri est incapable de porter cette lourde bête qui peine à tenir les yeux ouverts. Il lui parle et ce sont les premiers mots doux qu’il prononce depuis le décès de sa femme. Le chien écoute la voix de cet homme qui l’encourage à se bouger et à le suivre. Sa gueule est pleine de salive qui dégouline en filaments.

Henri insiste : « Mets-toi sur tes pattes, allez, allez… ». Les caresses se multiplient. « Allez, allez… ». Au prix d’une volonté incroyable, le chien parvient à se redresser en titubant, les poils emmêlés et crottés. Débordant de reconnaissance, il lèche les mains d’Henri et tente de lui faire fête. Il tient debout, c’est miracle. Et ne souffre d’aucune fracture.
Pas après pas, en communion de tendresse, les deux amis s’en retournent dans le sentier escarpé. Et la forêt toute entière, complice, chante de ses feuilles.

D. Chevalier
Villejaleix
Le 24 octobre 2019

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