Vers une abolition historique

En septembre 2025, la Cour constitutionnelle colombienne a validé la loi de 2024 interdisant les corridas à compter de 2027, tout en étendant la prohibition à la tauromachie et la lutte de coqs, lesquelles devront cesser d’ici 2028. Une décision historique qui confirme l’abandon progressif de ces pratiques controversées, tout en inscrivant définitivement la défense animale au cœur de la politique nationale.

La décision de la Cour constitutionnelle : un point final

Le 4 septembre 2025, la Cour constitutionnelle de Colombie a confirmé la loi interdisant les corridas, adoptée en 2024, et y a ajouté l’extension du bannissement aux combats de coqs. Si des recours sont encore possibles, cette validation renforce la portée définitive de la loi.

Calendrier des interdictions : transition et mise en place

La loi prévoit une mise en application totale en 2027 pour les corridas, conformément à l’accord initial. Quant aux combats de coqs, ils devront cesser d’ici 2028, après une période transitoire de trois ans. Ce calendrier progressif permet d’accompagner les populations concernées vers de nouvelles activités.

Contexte et portée politique

Adoptée en mai 2024, puis promulguée en juillet 2024 par le président Gustavo Petro, la loi symbolise une rupture avec une tradition reconnue constitutionnellement comme culturelle en 2018. En juillet, devant l’arène de Bogotá rebaptisée Plaza Cultural La Santamaría, Petro dénonçait la mise à mort des animaux pour le plaisir, estimant qu’une telle « culture » était incompatible avec la dignité. Ce choix politique traduit une volonté affirmée de promouvoir les droits des animaux et de réformer des pratiques jugées archaïques.

Des efforts de reconversion et de transformation culturelle

Durant la transition législative, l’État est tenu de proposer des programmes de reconversion pour les professionnels du secteur (toreros, novilleros, etc.), ainsi que de transformer les arènes en lieux culturels ou sportifs. Une commission interinstitutionnelle devra superviser ce suivi et l’accompagnement des personnes concernées.

Les lobbyistes du secteur affirment que plusieurs milliers de familles vivent de ces pratiques — l’organisation nationale des combats de coqs évoquant 290 000 foyers concernés. Ils plaident en faveur de leur héritage culturel et du droit au travail. De leur côté, les défenseurs des droits des animaux saluent cette avancée, estimant qu’il s’agit d’un tournant essentiel vers une société plus respectueuse de la sensibilité des êtres vivants.

La Colombie rejoint ainsi les pays d’Amérique latine ayant déjà interdit les corridas, comme le Brésil, le Chili, l’Argentine, l’Uruguay ou le Guatemala. Ce choix affirme une nouvelle norme politique et culturelle : la tradition ne justifie plus la souffrance. Il s’inscrit dans une dynamique globale favorable à la protection animale.

Conclusion

En 2025, la Colombie confirme son choix courageux d’abolir les corridas et les combats de coqs, plaçant la protection animale au-dessus des traditions. Ce processus progressif, qui associe reconversion des acteurs économiques et réaffectation des infrastructures, démontre qu’un pays peut tourner la page d’une pratique violente tout en accompagnant la transition sociale et culturelle.

Le contraste est frappant avec la France, où la corrida demeure toujours légale dans certaines régions du Sud, au nom d’une « tradition locale ininterrompue ».

Pourtant, les sondages révèlent que plus de 70 % des Français se déclarent favorables à son abolition.

Le parallèle avec la Colombie invite à réfléchir : si un pays où la tauromachie était profondément ancrée a su franchir ce cap historique, la France pourrait, elle aussi, choisir de faire évoluer sa législation pour mettre fin à une pratique qui repose sur la souffrance animale.

La décision colombienne résonne donc comme un signal fort à l’international : abolir la corrida n’est pas renoncer à sa culture, mais affirmer qu’une société peut évoluer vers des formes d’expression et de fête respectueuses de la vie.